La voiture volante dans 10 ans

Airbus a présenté hier au salon automobile de Genève sa première voiture volante.

Une capsule pour 2 personnes, 4 roues pour prendre la route et 4 hélices pour prendre les airs, le tout en pilotage automatique comme dans un gros drone.

La voiture autonome d’Uber a beau donner des sueurs froides aux taxis, il sembleraient qu’ils soient petits joueurs à côté des ambitions d’Airbus. Les avionneurs pourraient bien faire trembler toute l’industrie automobile.

Ce projet est encore un pari car il y a un gros progrès à faire au niveau des batteries pour que l’autonomie soit suffisante mais à l’échelle de 10 ans, cela semble fort réalisable.

Où est le problème ?

Il y a quelque chose de perturbant.

On vous promet la voiture volante dans 10 ans avec à la clé un nombre ahurissant d’innovations et pendant ce temps-là, en France, ce sont les ventes de Dacia qui explosent.

La marque low cost de Renault voit ses ventes dans l’hexagone augmenter de 13,4% en 2016.

Initialement, les Dacia devaient être vendues dans les marchés émergents uniquement, mais certainement pas dans un pays riche et prospère comme la France.

Pendant que l’on invente la voiture volante, la mode est à la bonne vieille voiture pas chère et sans fioriture, tendance Lada, crise oblige.

Mais alors avec cette croissance inexistante et les tombereaux de dettes qui nous écrasent, est-ce que cela veut dire que nous roulerons tous en Dacia dans 10 ans pendant qu’une petite élite de profiteurs passera au-dessus de nos têtes en voitures volantes ?

Peut-être.

C’est comme ça que cela se passe dans les dictatures.

J’ai voyagé en Asie centrale il y a quelques années.

En Ouzbékistan, il y avait une seule usine de voitures pour tout le pays qui produisait 3 modèles : un pot de yaourt, une berline et un mini-van, à peu près tous de la même couleur blanche et sans option : bref tout le monde avait la même voiture.

Une fois de temps en temps on voyait une mercedes d’importation rutilante passer, on savait que c’était un ministre ou un membre très important de l’intelligentsia du pays.

Inégalités ou pauvreté ?

À ce titre l’Ouzbekistan est un pays très égalitaire : à part une toute petite élite presqu’invisible au commun des mortels, tout le monde y vit plus ou moins de la même façon avec le même revenu, la même maison et le même menu dans son assiette.

C’était pareil en Allemagne de l’Est où la vie était mauvaise mais comme c’était pareil pour (presque) tout le monde, c’était tout à fait tolérable. Au moins cela ne faisait pas de jaloux.

C’est d’ailleurs un phénomène bien documenté : la différence de niveau de vie avec votre voisinage influe bien plus sur votre satisfaction personnelle que votre niveau de vie absolu. [1]

Dit brutalement : un pauvre parmi des pauvres s’estime en général plus satisfait qu’un riche parmi des très riches.

Un bon steak à côté de quelqu’un en train de s’empiffrer de caviar et foie gras semblera bien fade alors que le jour où il y a hamburger-frite la cantine, c’est la fête, même si on ne va pas se cacher que le steak est trop cuit et le pain trop dur.

C’est comme cela que des cadres de la Silicon Valley qui gagnent plusieurs centaines de milliers de dollars se trouvent maltraités parmi tant de millionaires. [2]

Le choix

Nous pouvons laisser la voiture volante aux Américains et aux ministres et PDG de 2030 qui les utiliseront tous seuls pendant que nous restons dans nos bouchons… comme tout le monde à galérer pendant une à deux heures tous les jours.

Nous pouvons aussi souhaiter qu’éventuellement des transports volants se démocratisent, alors il faut laisser des entrepreneurs créer les logiciels de pilotage, des batteries plus efficaces qui se rechargent plus vite, des moteurs plus économes, plus silencieux, les stations d’atterrissage sur les toits des immeubles, les services financiers, de location, de taxis et encore d’autres centaines d’innovations pour répondre aux besoins et la mesure des bénéficiaires et utilisateurs.

Toutes ces innovations se transmettront dans l’économie où elles permettront d’améliorer de nombreux produits et services, les rendants plus économes en énergie, plus efficaces, plus adaptés à nos besoins.

Ces entrepreneurs prendront des risques incroyables. Ils se forgeront des fortunes et des empires commerciaux. Ils créeront aussi bien plus d’emplois qu’ils n’en auront détruits, ils vous auront fait la vie plus facile — beaucoup plus facile — en ayant supprimé les bouchons et beaucoup d’autres problèmes que vous rencontrez au quotidien.

La concurrence sera importante entre toutes ces entreprises qui se demanderont tous les matins comment elles peuvent faire mieux que leurs concurrents. Elles mettront la pression sur leurs salariés.

Des millions de personnes auront vu leurs métiers disparaître et auront à en apprendre un nouveau pour éviter le déclassement.

Comme les porteurs d’eau.

Comme les dactylos.

Comme les marechal-ferrants.

Comme les agents de saisie.

Sauf que cela ira beaucoup plus vite.

Il aura fallu attirer des talents de Chine, d’Amérique et d’ailleurs pour compenser une population vieillissante.

Liberté contre sécurité

Cet exemple de la voiture volante est éloquent. Il fait partie de ces tartes la crème de la science-fiction qui se trouve maintenant à portée de main.

En ce moment même, des millions de chercheurs autour du monde sont en train de faire des découvertes extraordinaires qui pourraient changer nos vies au prix d’une nouvelle révolution industrielle.

Voulons-nous de cette révolution ? À quel rythme et à quel prix ?

Nos enfants aujourd’hui vivent moins bien que nous au même âge. Mais sommes-nous prêt à faire ce qu’il faut pour inverser cette fatalité ?


Source: Olivier Perrin – Le vaillant petit économiste

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